OMEGA-3 PENDANT LA GROSSESSE ET L'ALLAITEMENT

Publié le : 14/07/2019 17:39:15
Catégories : Santé

OMEGA-3 PENDANT LA GROSSESSE ET L'ALLAITEMENT

Durant les neuf mois dans le ventre de sa mère, et les premiers mois de sa vie sur terre, le bébé construit l’essentiel de son système nerveux. Ce long et minutieux processus de maturation cérébrale est primordial, non seulement pour ses futures capacités cognitives, mais aussi pour son équilibre psychique et son comportement.

 Le système nerveux central est composé principalement d’acides gras polyinsaturés à longues chaines carbonées de la série dite Oméga-3 et en particulier le DHA et l’EPA, présents dans la chair des poissons gras.

 On sait aujourd’hui que des retards d’apprentissage ou une agitation excessive des enfants est souvent dû à une carence en acides gras spécifiques de la série Oméga-3. Les enfants héritent ainsi des carences de la mère…

Rôle des acides gras oméga-3

Il faut savoir que les neurones sont constitués principalement d’acides gras à longues chaines polyinsaturés. Deux acides gras sont particulièrement importants, il s’agit du DHA et de l’EPA. Ce sont eux qui assurent la fluidité des membranes biologiques, d’une part au niveau des synapses inter-neuronales et, d’autre part, au niveau des organites intracellulaires comme les mitochondries.

C’est dire que ces acides gras sont essentiels pour la construction du cerveau et son bon fonctionnement. Ils font partie de ce que les biochimistes dénomment la série Oméga-3.

Il existe dans certains végétaux des acides gras Oméga-3 à chaines courtes, maximum de 18 atomes de carbone. C’est le cas en particulier de l’acide alpha-linolénique que l’on trouve dans les huiles de lin, de noix ou de colza. Notre métabolisme est capable de faire la synthèse de DHA et d’EPA, en plusieurs étapes à partir de l’acide alpha-linolénique. Mais cette synthèse est faible, souvent insuffisante et diminue avec l’âge. En outre, notre alimentation est souvent pauvre en acide alpha-linolénique.

De ce fait, nous sommes souvent carencés en acides gras Oméga-3 à longues chaines ce qui a de nombreuses répercussions néfastes, en particulier chez l’enfant dont la maturation du cerveau nécessite de grandes quantités de DHA et EPA. Ces deux acides gras se trouvent principalement dans la chair des poissons gras (saumon, sardines, anchois). Un apport supplémentaire sous forme de complément alimentaire est souvent nécessaire pour assurer un développement harmonieux du système nerveux…

Petite synthèse pour ceux qui veulent mieux comprendre

Ouvrons une petite parenthèse pour préciser le sens des mots en dévoilant quelques notions simples de biochimie :

Le terme Oméga-3correspond à une série chimique particulière d’acides gras dans lesquels la première double liaison se trouve en position 3 sur la chaîne constituée d’atomes de carbone. 

Cette série correspond à une voie métabolique particulièrement importante pour le métabolisme puisqu’elle préside non seulement à la maturation cérébrale mais aussi elle agit contre les processus inflammatoires et régule la viscosité sanguine.

Il existe une autre voie métabolique concurrente dénommée Oméga-6, avec la première double liaison en position 6. Les acides gras de cette série sont au contraire pro-inflammatoires et malheureusement en excès dans notre alimentation (huiles de Maïs, de tournesol, viande, produits laitiers).

Le terme polyinsaturésignifie que l’acide gras contient plusieurs double-liaisons. En chimie ce que l’on appelle double-liaison n’est pas une liaison plus forte, mais au contraire une liaison plus faible, donc plus réactive et aussi plus souple. Les acides gras avec plusieurs double-liaisons sont métaboliquement plus actifs et physiquement plus fluides.

En biochimie on écrit que le DHA est un acide gras oméga-3 C22:6, ce qui signifie qu’il s’agit d’une chaîne de 22 atomes de carbone qui contient 6 double-liaisons, la première double liaison étant sur le troisième carbone. Cela semble compliqué, mais vous voyez que c’est très simple ! 

Il existe des acides gras d’origine végétalemais qui contiennent des chaînes plus courtes, maximum 18 atomes de carbone. Donc, les huiles végétales ne contiennent ni DHA, ni EPA et ne comblent pas les carences de la femme enceinte. D’où l’importance d’une supplémentation durant cette période. Fermons la parenthèse…

Acides gras

Pendant la grossesse et l’allaitement

La maturation cérébrale commence in utero,dès la construction du système nerveux central. Les besoins nutritionnels en DHA et EPA de la femme enceinte sont donc considérables ! Il est indispensable pour elle d’avoir une supplémentation sous forme de capsules à avaler chaque jour et à poursuivre durant la période d’allaitement.

Par ailleurs, si la mère prend un complément alimentaire à base d’huile de poisson riche en DHA durant sa grossesse, cela diminue le risque d’allergie chez le nouveau-né, comme il fut démontré par plusieurs études épidémiologiques (1).

Une méta-analyse portant sur 4139 femmes a montré une diminution importante du risque de naissance prématurée : - 58% avant la 34èmesemaine ! Le poids à la naissance est également supérieur (2).

Une étude clinique contrôlée a mise en évidence une diminution de 31% du risque d’asthme et de 25% du risque d’infections des voies respiratoires chez les enfants dont les mères ont été supplémentées avec de l’huile de poisson riche en DHA et EPA. Cette protection perdure jusqu’à l’âge de 5 ans (3).

Enfin, diverses études ont montré qu’une supplémentation de la mère en DHA durant la deuxième moitié de la grossesse et l’allaitement a des effets bénéfiques à long terme sur l’acuité visuelle, le développement neurologique (4) et les capacités d’attention de l’enfant (5).

Effets bénéfiques pour la mère

Il faut aussi savoir que le DHA joue un grand rôle sur l’humeur. Or il semble bien que la déprime qui est fréquente après l’accouchement soit due à un épuisement des réserves de DHA au profit du bébé.

Cet effet antidépressif des acides gras Oméga-3 est très bien documenté par de nombreuses études cliniques et serait dû à la fois à une amélioration de la fluidité des membranes biologiques et à une meilleure efficacité de la sérotonine. C’est en fait à la fois un manque d’Oméga-3 et un excès d’Oméga-6 qui est à l’origine de la dépression postpartum. Les femmes qui ont un faible taux d’Oméga-3 ont un risque 5 fois plus grand de traverser un épisode dépressif après l’accouchement (6).

On sait depuis longtemps que les premiers explorateurs qui ont hiberné au Groenland ont été atteints de léthargie et de déprime tenaces parce qu’ils étaient carencés en Oméga-3 ne consommant que des conserves, tandis-que les populations locales consomment des poissons gras riches en Oméga-3 et restent actives dans la longue nuit polaire !

Conclusions

Un apport de 2 grammes par jour d’un mélange EPA et DHA apparait indispensable chez les femmes enceintes et qui allaitent. 

Ces acides gras oméga-3 procèdent à la maturation cérébrale du bébé et évitent la déprime postpartum de la mère.

Bibliographie

(1)   Maternal prenatal and/or postnatal n-3 long chain polyunsaturated fatty acids supplementation for preventing allergies in early childhood

Cochrane database Syst Rev 2015(7):CD010085

(2)   Effects of omega-3 fatty acids in prevention of early preterm delivery: a systematic review and meta-analysis of randomized studies

Eur J Obstet Gynecol Reprod Biol. 2016 ; 198 :40-6

(3)   Fish oil-derived fatty acids in pregnancy and wheeze and asthma in offspring

N Engl J Med. 2016; 375(26): 2530-9

(4)   Omega-3 fatty acids on child growth, visual acuity and neurodevelopment

The British J of Nutr. 2012; 107: S86-S106

(5)   Prenatal supplementation with DHA improves attention at 5y of age: a randomized controlled trial

Am J Clin Nutr. 2016; 104(4):1075-1082

(6)   Imbalance between omega-6 and omega-3 polyunsaturated fatty acid in early pregnancy is predictive of postpartum depression

Nutrients 2019; 11(4). Pii: E816. Doi: 10.3390/nu11040876

 

 

 

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